“je n’ai plus de libido” Le désir chez la femme enceinte ou jeune maman

“je n’ai plus de libido” Le désir chez la femme enceinte ou jeune maman

J’entends régulièrement des femmes qui me disent “je n’avais plus de libido enceinte” ou “depuis que j’ai accouché je n’ai plus de désir”. Certaines s’en inquiètent (surtout parce que leur conjoint s’en plaint) d’autres s’en arrangent voire en sont satisfaites n’accordant que peu d’importance dans leur vie à une intimité sexuelle avec leur conjoint.

Est ce normal? La réponse est partagée, oui si on tient compte de:
– l’influence des hormones qui chez certaines femmes provoquent cette perte d’appétit alors que chez d’autres pendant la grossesse c’est au contraire plus fort
– la fatigue de la grossesse ou des premiers temps avec bébé, le rythme de vie où le couple passe après
– la fin de grossesse ou des problèmes concernant le bébé durant les 9 mois, les suites de couches qui peuvent provoquer des douleurs ( dyspareunie..)
– la femme qui se trouve “moche”, non désirable pendant et après sa grossesse et ne prend pas assez de temps pour elle et être dans le plaisir
– la pression du conjoint qui n’attend que cela ou qui juge
– le manque de tendresse et d’érotisme dans ces moments là
– une éducation qui a plus mis en valeur le rôle dans la maternité et parfois a même dénigré le plaisir au féminin avec une représentation de son corps comme intouchable au niveau de la zone génitale
– la résurgence après la maternité d’une agression sexuelle vécue jeune
– la peur d’être à nouveau enceinte pour les couples qui choisissent la régulation naturelle des naissances

Non si on tient compte de la vie conjugale, du partage et de la complicité en couple, du plaisir accessible au féminin et au masculin si précieux et bon à découvrir, partager dans un corps à corps et coeur à coeur renouvelés.La sexualité étant un des piliers du couple qui peut se vivre de différentes manières, c’est la créativité du couple.

Conséquences si la perte de désir s’installe et dure:

– éloignement des conjoints jusqu’à faire chambre à part
– désintérêt à long terme pour l’intimité
– peur des gestes de l’autre
– arrêt progressif du partage de tendresse et perte du sentiment amoureux jusqu’à vivre en co locataires
– infidélité conjugale du conjoint en attente
– un des facteurs du burn out maternel par oubli de soi
– oubli de sa féminité et refuge dans la maternité
– trop forte implication affective avec les enfants qui remplacent le lien affectif avec le conjoint
– culpabilité, souffrance
– conflits, non dits ou silences sur ce sujet
– lassitude

Alors que faire pour retrouver le désir et ne pas mettre en danger le couple?

Du côté de la femme:

Première chose surtout ne pas s’affoler ni culpabiliser, la plupart du temps tout revient avec même une envie de nouveauté qui pimente la vie de couple. Ensuite regarder en face ce qui se passe et ne pas laisser traîner, en parler avec son conjoint et si besoin consulter. En effet laisser ainsi entraîne trop de frustrations et de peurs, les croyances s’installent et la distance se creuse et est plus difficile à réduire dans le temps.

Pendant la grossesse si la relation sexuelle est difficile pour des raisons médicales ou de confort, il est bon de redoubler de tendresse, de marque d’affection et d’attention pour son conjoint afin qu’il ne se sente pas délaissé, prendre du temps à deux seuls. La femme se sent plus fragile et a besoin de se sentir protégée, elle est plus en attente d’attention et de douceur pour se sentir enveloppée d’amour. Ensuite partager de la sensualité est souvent source de bien être: massage, caresse, faire du peau à peau, bains ensemble, SPA…Renforcer ou découvrir l’érotisme, le corps est couvert (plus chez les femmes) de zones érogènes que l’ont peut stimuler par des caresses ou des baisers. Le plaisir partagé ainsi peut être stimulé sur le corps zone génitale comprise ou non. On peut aussi partager des fantasmes, échanger ses envies, se dire des mots coquins.Parfois la femme surtout, au second trimestre est plus en demande de sexualité et peut même goûter un orgasme pour la première fois.

Après l’accouchement et la suite des couches la femme a besoin de reprendre possession de son corps de femme. C’est un temps plus ou moins long suivant les femmes et plus ou moins facile à vivre. Le corps reprend ses formes d’origine ou pas, la femme apprend à s’aimer ainsi différente et son regard est aussi transformé car elle est devenue maman (si elle allaite elle voit sa poitrine autrement…). Une dyspareunie ou un vaginisme peuvent entraîner des douleurs à la pénétration pendant quelques temps, si cela dure il est bon de consulter. Comme pendant la grossesse elle se sent plus fragile et a besoin de tendresse et d’attention et est moins en demande d’intimité mais plus de moments de qualité avec son conjoint.C’est là que le dialogue entre conjoint est important pour pouvoir dire à l’autre ses besoins et ses envies et s’adapter.

Dans ces deux situations certaines femmes ne voient pas que leur conjoint patiente, essaie de comprendre ce qui se passe alors qu’il ne le vit pas de l’intérieur (peut même être gêné), et cumule parfois insatisfactions et frustrations sans rien dire. Lui aussi vit des changements et ce n’est pas simple, il a aussi besoin d’être rassuré et la sexualité est une manière pour lui de se sentir encore à sa place d’homme et aimé. S’en rendre compte est une façon de préserver son couple. Combien de femmes se plaignent: “dès qu’il m’embrasse je m’éloigne car je sais ce qu’il attend après…”, et oui il attend depuis tellement longtemps qu’en effet cela met une pression… Il y en aurait moins si ce langage était parlé à deux plus régulièrement.

Comment retrouver le désir, et bien en y retournant! Souvenez vous des bons moments avant grossesse pour les retrouver et si le plaisir n’avait pas encore été goûté c’est le moment de partir faire cette découverte et de renforcer la complicité avec son conjoint, de se découvrir en tant que femme dans tout son corps. Parfois des femmes se noient tellement dans leur maternité qu’elles ne prennent plus soin d’elles ou de plaisir. Alors retrouvez le plaisir de manger, sortir, rire… cela contribue aussi à retrouver l’appétit de l’intimité car c’est un élan de vie pour soi et à partager avec l’autre. Prenez l’initiative des moments coquins, faites des surprises (tenue sexy, bougies, massage,…) et surtout faites confiance à votre conjoint quand il vous dit que vous êtes belle même si vous vous trouvez grosse et difforme! Ne prenez pas le prétexte des enfants, il y a toujours dans une semaine un moment où ils font la sieste ou dorment!

Pour certaines femmes cela passera par une thérapie pour dépasser des messages parentaux, éducatifs qui ont dénigré, nié ou passé sous silence la sexualité ou le plaisir au féminin. Ou bien guérir une blessure d’agression sexuelle subie jeune. Pour d’autres la thérapie aidera à se découvrir sensuelle et sexuelle à travers tout son corps sans tabou ni peur, permettant de goûter l’orgasme et un partage total avec le conjoint. Pour d’autres ce sera l’occasion de prendre un virage dans la relation de couple et de la faire mûrir.

Du côté de l’homme:

Ces comportements féminins peuvent déstabiliser et remettre en question l’homme dans sa masculinité, sa place, son rôle dans le couple et même la famille. Il est toujours mieux d’en parler à sa femme car elle ne devinera pas que ça ne va pas sur ce plan là, les choses lui semblant plus évidentes parfois dans sa maternité. Surtout ne pas prendre contre soi un refus mais essayer de le comprendre et ne pas se décourager dans sa demande d’intimité. Ensuite il est bon de privilégier la tendresse, des gestes et paroles qui ne sont ps tout de suite sexuels et de renforcer les préliminaires pour donner envie. J’encourage le conjoint à ne pas laisser sa femme s’accaparer les enfants et s’enfermer dans la routine familiale. Qu’il l’encourage et lui permettent de sortir en gardant les enfants ou organisant la vie de famille pourqu’elle retrouve une vie à l’extérieur et s’épanouisse. Par contre si la demande sexuelle est trop répétée, parfois il est bon de se demander si c’est ajusté. Certains hommes en effet sont centrés sur la relation sexuelle et l’orgasme pour eux et leur conjointe comme gage de réussite et de seul plaisir en oubliant la tendresse, les préliminaires et l’érotisme. Comme je le disais plus haut c’est l’occasion d’une nouvelle créativité.

La vie de couple a besoin d’être nourrie de cette intimité dans la parole échangée, les gestes et paroles tendres, le plaisir sexuel vécue par les deux conjoints. La femme ne peut pas reprocher à son mari de ne pas assez l’écouter et prendre du temps avec elle tout en le privant de ce qui lui permet de se sentir aimé. C’est un pas de chacun et parfois un apprentissage.

Passer du conjugal au parental est un changement. La mère reste femme et le père homme et ils seront d’autant plus épanouis qu’ils vivront pleinement leur féminité et masculinité dans leur couple dans une partage intime tant au niveau du cœur que du corps.

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